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samedi 26 juin 2010

vendredi 25 juin 2010

Sixième épisode

Première scène
 

L’Empereur m’avait fait un cadeau majestueux. Je rentrais à Endoor muni du titre de général et dans un vaisseau de commandement. Après la bataille avec les croiseurs margiens, j’avais eu droit à un triomphe dans la capitale. Les techniciens d’Arche 12 avaient fait des miracles pour me sortir de mon chasseur à temps pour que j’assiste en chair et en os aux cérémonies. Ktanm m’avait assuré qu’elle arriverait dès qu’elle serait opérationnelle. Je n’avais pas eu une minute à moi. J’avais enchaîné les cérémonies, les interviews, les déplacements honorifiques. Je ne pensais pas qu’autant de gens me voulaient en leur compagnie. Auréolé de la gloire des combats victorieux, j’étais une bonne affaire promotionnelle pour tous les seigneurs plus ou moins grands. L’Empereur me voulait aussi pour ses conseils de guerre chaque fois que cela concernait les Marges Orientales. Mes chasseurs avaient fait un excellent travail de reconnaissance. La cartographie des TET avait bien avancé. Sans être complète, elle permettait d’envisager de porter la guerre au cœur même des Marges. Notre…enfin ma victoire sur les croiseurs lourds nous donnait un avantage psychologique certain. Des F55 avaient été équipés de leurres sophistiqués leur donnant la signature de Ktanm sur les détecteurs. Ils semaient la panique dans les rangs ennemis même s’ils n’intervenaient pas dans la bataille. Je suivais régulièrement leurs mouvements.
L’Empereur m’avait attribué le personnel nécessaire à ma fonction. Cela me donnait une place à part, encore une fois. Dans un empire aussi vaste et divers que celui qu’avait conquis l’Empereur, la nomination d’un nouveau général faisait le bonheur du clan auquel il appartenait. Entre sa garde rapprochée, ses secrétaires et son aide de camp, le nouveau promu avait besoin de toute sa diplomatie pour l’attribution des postes. Dans mon cas, j’avais découvert mon staff juste après la cérémonie d’élévation de grade. Je fus étonné de leur nombre. Ma garde personnelle était composée de gardes impériaux. C’est dans ce corps d’armée que se recrutaient les gardes-empereur.  Cela me reliait directement à l’Empereur. Le signe était très fort, au point que les médias en parlèrent longuement. J’avais failli refuser. Ma sécurité ne me semblait pas si menacée. Le plus souvent en vol avec Ktanm, je pensais que j’étais en dehors de toutes ces menaces. J’avais tort.
Alors que je paradais, une fois de plus avec un seigneur-commandant, responsable de deux systèmes solaires, je fus victime d’une tentative d’assassinat. Le discours de sa seigneurie venait de finir. Nous quittions l’estrade quand je sentis la présence ennemie. Je me plaquais au sol n'étant pas armé. Le faisceau laser passa au-dessus de moi faisant des victimes dans les personnels de garde. Un de mes gardes se coucha sur moi m'empêchant de bouger en voulant me protéger. La fureur meurtrière qui montait en moi, retomba. La menace n’était plus. On me remit debout. Le seigneur-commandant en faisait trop, donnant des ordres à tort et à travers. Tous les soldats présents se mirent en position de combat. Mon hôte qui avait voulu briller en m’exhibant, se retrouvait en position de faiblesse. Un combattant zombie avait réussi à prendre place dans le personnel de service. On me conduisit à côté de la dépouille. Je me penchai. Tous mes sens furent en alerte. La rage s’éveilla. Comme un prédateur sentant une piste fraîche, je sentis les évènements. Un serviteur avait été pré-zombifié. Sans le signal qui déclenchait la fin du processus, il était indétectable. Les détecteurs réagissaient à ce moment-là, mais les quelques dixièmes de secondes de flottement que cela entraînait, permettaient au tueur d'agir. Il était heureusement trop loin pour pouvoir être une grande menace. J'examinais le corps. Coupé en deux par un tir de laser, il tenait encore en main le petit pistolet qui avait été dissimulé sur le plateau de service qu'il tenait. Je pensais que, entendant le détecteur j'avais réagi par réflexe. En moi, tout bouillonnait. Je me redressai. Instinctivement attrapant l'arme d'un de mes gardes, je me retournai et je tirai. Le garde du véhicule qui nous attendait, s’effondra un centième de seconde après que les détecteurs anti-zombies eurent réagi. Il m'avait déjà mis en joue. Je n'étais plus que fureur et tueur. Le monde autour de moi était comme figé. Je bougeais à une telle vitesse que les autres semblaient immobiles. Je saisis un des nobles de la cour. Lui cassant le bras,  je lui faisais lâcher la commande qu'il tenait. Son hurlement remit le monde en marche. Les regards que je croisais, montraient l'étonnement et l'incompréhension. L’enquête montra qu’en me visant, il pensait surtout à renverser le seigneur local pour prendre sa place. Il avait préparé un piège à double détente. Un premier zombie pour que nous nous rapprochions des voitures et de leur sécurité, un deuxième pour me tuer. Ma réaction avait surpris l'ensemble des présents. Les vidéos de l'action tournèrent en boucle sur le RésOrd. Même sur les ralentis, mon image était filée en raison de ma vitesse de déplacement. C'est à partir de ce moment que le surnom que les margiens m'avaient donné commença à circuler dans l'Empire. Ici aussi j'étais devenu « Tiakakner ».
L’Empereur fut ravi de la situation. Pour lui, son champion devait être le meilleur. Pour me féliciter de cette nouvelle action d’éclat, il me prêta, selon ses mots, deux analystes de la maison Impériale pour m’aider dans la mission qu’il me réservait. Heureusement mes aides de camp étaient à la hauteur de la tâche qui leur incombait. Ils géraient d’une main sûre, la maison du général Right. Sous leur direction, une foule de secrétaires et de serviteurs s’affairaient avec efficacité. En attendant d’avoir une mission précise, j’avais trouvé un palais dans le quartier proche de l’astroport militaire. Je n’avais même pas eu besoin de payer un loyer. La société qui le gérait me l’avait gracieusement mis à disposition. J’en occupais personnellement un niveau. Enfin c’est ce qui était prévu. Pour l’instant l’endroit ressemblait à un vaste chantier bourdonnant. Le principal pour moi était installé, une salle de commandement et une petite chambre de repos. Complètement insonorisée et dotée d’une microgravité, elle me rappelait l’espace qui commençait à me manquer sérieusement, ainsi que Ktanm. Chaque matin j’espérais la voir arriver. J’étais chaque fois déçu. Les nouvelles qu’on me rapportait, faisaient état de complication d’entretien et de remontage. Il fallait de nouvelles pièces qui mettraient du temps à arriver. La cellule d’analystes me préparait chaque matin un topo sur tous les gens que je devais rencontrer. Leur clairvoyance m’impressionnait. Ils avaient prévu que je subirais un attentat et selon eux, probablement le jour où il était arrivé. Mes gardes avaient été spécialement préparés pour l’occasion. Ils intégrèrent très vite mes capacités de réaction. A ma question sur la situation de mon chasseur, ils répondirent que l’Empereur était sûrement à l’origine du phénomène. Le plus probable était qu’il faisait préparer mon chasseur pour la mission à venir.
C’est grâce à eux que je ne fus pas surpris quand l’Empereur me nomma général en chef de l’armée des forces contres les Marges Orientales. Je me retrouvais avec les pleins pouvoirs pour soumettre cette région. Une armée m’attendait dans le système d’Endoor. Les analystes avaient déjà prévu un plan de bataille. Je les écoutais poliment. Avec un disrupteur et les forces dont j’allais disposer, j’allais être victorieux. Ils oubliaient les moines d’Enkafout. Je ne savais pas comment mais leur rôle m’apparaissait déterminant. Pour les analystes aussi bien impériaux que ceux de ma maison, ils ne disposaient d’aucune arme. Ils ne comptaient donc pas. Leur agitation serait vaine. L’Empereur avait prit la parole. Dans un silence religieux, il brossait l’avenir radieux des Marges quand elles seraient intégrées à l’Empire. Mon rôle était déterminant. J’allais être l’Envoyé de sa majesté. Pour que je mène à bien ma mission, il me confiait sa toute dernière réalisation : un nouveau vaisseau de commandement fait spécialement pour moi. Il avait dit cela avec assez de solennité et de mystère pour m’intriguer. J’avais déjà vu des croiseurs équipés pour ce genre de mission. Devant les caméras des médias, il mit en scène le déplacement de la cour vers l’astroport militaire. Dans la navette qui nous emmenait, je lui posais la question de Ktanm. Serait-elle là ?
- Ne soyez pas impatient, général. Vous allez le découvrir.
Je bouillais intérieurement. Il me fallut pourtant attendre. L’Empereur fit les honneurs du Ktanmor.
- Je l’ai appelé comme cela en l’honneur de votre coéquipière disparue lors de la bataille d’Endoor. Cela ne vous gêne pas, général ?
Je bafouillais des remerciements. L’Empereur semblait s’amuser prodigieusement. Devant une porte, il s’arrêta.
- A partir d’ici, général, seul moi et vous  allons continuer. Ces messieurs vont nous attendre.
D’un vaste geste, il désigna l’ensemble de l’aréopage qui tenait à peine dans la grande salle de réunion de Ktanmor. Il poussa une porte. Je le suivis. Un long couloir menait jusqu’à mes appartements.
- Ici, général, vous avez une salle de contrôle privée. Mais je vous en prie, passez devant.
Poussant une dernière porte, je rencontrais un siège de pilote avec un casque posé dessus. Je le regardais sans comprendre.
- N’hésitez pas général, mettez-le.
Bien qu’en grand uniforme, je posais le casque sur ma tête. Il était parfaitement taillé pour moi. M’asseyant sur le siège, je déclenchais le processus de couplage. Je découvris alors la puissance du Ktanmor. La sensation fut fabuleuse. Toute cette force et cette puissance pour moi ! Oui, je devenais Tiakakner. J’avais à ma disposition une merveilleuse machine à semer la mort. Je sentis le disrupteur. Dirigeant mon attention vers lui, je pensais à Ktanm. C’était le même modèle. D’ailleurs, le siège de commande aussi, et….
- Ktanm !
- Oui, right, je suis là.
- Il t’a incluse dans le vaisseau.
- Oui et non, Right. Oui, car le Ktanmor n’est qu’un vulgaire croiseur sans moi, mais non car je suis capable d’être indépendante pour aller et venir. Le Ktanmor est en fait mon astroport mobile et personnel.
- Alors rien ne pourra s’opposer à nous.

mercredi 23 juin 2010

mardi 22 juin 2010

lundi 21 juin 2010

dimanche 20 juin 2010

Zangra

http://www.youtube.com/watch?v=b5cPA5vuCLo

samedi 19 juin 2010

Cinquième épisode

Huitième scène

- Qu'est ce qu'il fait, Ktanm?
- Il dort.
- Il ne nous entend pas?
- Non, j'ai débranché ses circuits audio. La dernière bataille a été très éprouvante pour son corps. Il faut qu'il se repose.
- Tu sais, Ktanm, que vous avez remporté une très grande bataille.
- Non, il a remporté. Je n’ai rien fait. C’est bien pour cela que je t’appelle. Quand tes analystes ont repéré son potentiel, tu m’as demandé de l’aider. Tu pensais avoir repéré le pilote qui pourrait servir ta politique.
- Oui, Ktanm. J’avais besoin d’un héros. La suite m’a montré que l’intuition était juste. Votre combat à Endoor a transformé la défaite en demi-victoire. Lui confier un groupe de chasse corsaire était aussi une bonne idée. Plus de trente croiseurs lourds détruits dans la zone centrale des Marges Orientales est une superbe victoire. Tu as bien fait de me demander ce disrupteur.
- Je ne sais plus. Il s’est passé quelque chose dans la sierra près de Arche 12. Notre plongée dans la caldera l’a changé, nous a changé. Ce qui vit là m’a perturbée. Right est devenu autre. Je dirais double.
- Explique-moi !
- Il semble au-delà de l’humain. Simpalaa m’a appris qu’on pouvait devenir son rêve ou son cauchemar. Tu sais, depuis nos combats communs dans les cieux de Singlanoire, et la rencontre avec les noirmages, je ne peux plus être comme les autres. Ce rêve qui me hantait est maintenant accompli. Cela me satisfait mais me laisse un vide, pas un conflit. J'ai entendu Right. Il est en conflit intérieur. Il a celui que je connais et puis une autre personnalité. Il s'est mis à aimer la mort. A Endoor, nous avons dansé la mort mais sans joie. Ici, j'ai été dépassée par Right. Le disrupteur lui a donné puissance. Il a joui de la mort qu'il donnait. Il mérite son surnom margien de « Tiakakner », l'ange-dieu de la mort.
- Est-il devenu incontrôlable?
- Je ne sais pas, je ne sais plus. Pour l'instant, je transporte un homme épuisé qui dort. Pendant les combats, j'étais au service d'un être capable de faire naître des CET. Je ne connaissais pas cette possibilité de carrefour d'espace-temps. Maintenant avec le disrupteur, il en contrôle la naissance et l'usage qu'il en fait.
- Ce que tu dis là, est une nouvelle inquiétante. Tous les vaisseaux partis explorer le tunnel de la caldera ont disparu. Il semblerait, à part vous, que personne ne soit capable de prédire ce qu'il devient en entrant dans un CET.
- Tous les CET qu'il a utilisés, ont été créés par le disrupteur dans les carcasses des croiseurs.  Combien faut-il de vie pour que fonctionne un CET?
- Cette famille est étonnante Ktanm. J'ai des nouvelles de son père que je ne lui ferai pas transmettre. Il est sur une planète folle dans un système de huitième catégorie. Les analystes sont inquiets par son évolution. Mais c'est une autre histoire.  J’ai besoin de lui. Sa capacité à gagner m’est utile.
- Je crains l’avenir.
- Nous allons continuer pourtant. Les analystes ont exploré les différents possibles. Vous allez rentrer sur Endoor pendant que le groupe corsaire finalise la cartographie des TET. Je vais réorganiser cette armée autour de Right. C’est ainsi que je gagnerai cette guerre.
- Maintenant va, Ktanm. Ce qui est fait est mien ! Ce qui est dit est volonté impériale, qu’ainsi aillent les faits !

vendredi 18 juin 2010

jeudi 17 juin 2010

dimanche 13 juin 2010

samedi 12 juin 2010

mardi 8 juin 2010

Cinquième épisode



Septième scèneCe fut une période exaltante. Nous jouions au chat et à la souris. Nous étions souvent les chats. Enfermé dans le chasseur, je passais mon temps à voler, ne revenant à la base du Double Huit que pour ravitailler. Ktanm et moi étions soudés par le plaisir de la chasse. Je pouvais laisser les commandes à Ktanm pendant que je me reposais. Mais j'avais l'instinct du prédateur que Ktanm ne possédait pas. D’ailleurs pour améliorer l’efficacité j’avais réorganisé les escadrilles en meutes de huit. Nous nous enfoncions profondément en territoire ennemi. Sautant de TET en TET, détruisant les vaisseaux rencontrés quels qu’ils soient, nous semions le désordre et la terreur dans l’espace des Marges Orientales. Nos premières vraies actions n’avaient pourtant pas été reconnues. J’avais fait l’erreur d’utiliser le disrupteur. Avec une telle arme, il ne restait pas de trace. Nos écoutes des échanges sur les fréquences ennemies, ainsi que l’analyse des différentes voies d’information, m’avaient montré le peu de répercussion qu’avait la disparition d’un transport de minerai ou d’un vaisseau de l’armée. Les commentateurs ciblaient essentiellement les nouvelles du front. C’est en réfléchissant à ce fait que m’était venue l’idée de la meute. Quatre chasseurs qui sortent de nulle part qui détruisent tout et qui disparaissent sans laisser de trace, ne valaient pas la une des médias. Une meute prenant en chasse un vaisseau de ligne régulière, lui infligeant des dégâts, ou le détruisant devant témoin puis repartant en semant les poursuivants, avait atteint ce but. Nous étions devenus des pirates. Pendant quelques mois, les succès succédaient aux succès. J’avais une place particulière dans le dispositif. D’abord parce que j’étais toujours enfermé dans le F54b, ensuite parce que je ne m’étais pas mis dans un groupe particulier. J’allais de meute en meute pour participer à l’hallali. Cette faculté que nous avions, Ktanm et moi, d’apparaître sur les champs de bataille, fascinait les pilotes. Ils n’étaient pas les seuls. Les margiens nous avaient surnommés « Tiakakner ». Dans leur mythologie ce personnage était l’ange de la mort. Son apparition était Le mauvais présage par excellence. Nous avions obtenu ce résultat remarquable que, même au sein de leurs systèmes, plus personne ne décollait sans avoir peur pour sa vie. Volontairement, une fois ou l’autre j’avais retenu mes troupes, laissant s’enfuir le vaisseau blessé. Cela avait alimenté les superstitions. Une de leurs princesses qui avait ainsi eu la vie sauve, en accordait le bénéfice à l’amulette de pierre d’Enkafout qu’elle portait ce jour-là. Il s’agissait d’une pierre très rare selon ce que nous comprenions. Ce n’était pas un type de roche particulier mais une pierre que les moines-habitants du monde d’Enkafout chargeaient de leurs prières. Nous ne savions pas où était ce monde. En tout cas il tenait une place de choix dans le panthéon des Marges Orientales.
J’en discutais avec Ktanm en rentrant vers le Double Huit. Nous débattions de la question de savoir si cela valait la peine de localiser le monde d’Enkafout et de le détruire. J’avais décidé de laisser mes troupes se débrouiller pendant les deux décades suivantes. C’était le temps qu’il fallait pour me libérer et réparer Ktanm.
- De leader Noir à Loup solitaire. De leader Noir à Loup solitaire.
Thanmat nous dérangea dans notre débat. J’étais pour intervenir sur le monde d’Enkafout. Ktanm était contre.
- De Loup solitaire à leader Noir, parlez !
- Vous devriez venir voir. Nous sommes au TET 21.53, du système 7.2. Les margiens ont fait un convoi, trois gros vaisseaux et huit chasseurs.
- Ce n’est pas le premier !
- Je sais Loup solitaire, mais le modèle de chasseur nous est inconnu. Sur mes capteurs, ils ont un champ de défense.
- Effectivement, voilà qui est intéressant. J’arrive.
Je coupais la communication.
- Et bien, Ktanm, ce n’est pas encore aujourd’hui que tu vas être débarrassée de moi.
- Tu sais bien que tu ne me gênes pas, Right.
Ktanm se reprogramma pour des sauts de TET. Thanmat nous avait donné ses références dans l'espace et dans le temps relatif du système où il chassait. Comme toujours Ktanm fut brillante dans ses choix de trajectoires et de sauts de TET. Nous nous retrouvâmes à prendre position derrière un astéroïde avant le passage du convoi. Avant même que la meute n'émerge du TET. Ayant lancé des micro capteurs, nous fîmes le point de ce qui s'avançait vers nous. Je reconnaissais sous son camouflage un croiseur. Les gros plans sur les chasseurs montraient des bosses caractéristiques des lasers de grande puissance. Si l’on ajoutait la présence des champs de défense, la meute aurait à fort à faire. Les deux autres unités étaient des transports de troupe. Mais je ne le sentais pas ainsi. Pour moi, le premier était le croiseur camouflé comme le laissaient entendre les capteurs. Le troisième transportait des troupes, mais dans le second, je sentais une forte présence. Ktanm me pressait d’en dire plus. Cela m’était impossible. Quand j’essayais de rentrer en contact avec, elle fuyait. Non, ce n’était pas le bon mot. Elle m’échappait.
- Attendons, Ktanm. On va laisser la meute faire et puis on intervient si besoin.
- Je ne le sens pas, Right !
- Peuvent-ils nous détecter ?
- Non, je sais bloquer leurs matériels de détection. Par contre, ils vont savoir que la meute va intervenir dès sa sortie du TET.
- Nous interviendrons. Leurs lasers ne seront pas assez focalisés pour être dangereux à aussi longue distance. Seul le croiseur aura la puissance suffisante mais il lui faudra faire demi-tour. C’est là que nous entrerons dans la danse. Mais nous aurons besoin du disrupteur.
La meute apparut sur les écrans. Thanmat avait choisi de déployer ses coéquipiers en un large demi-cercle. C’était joli. C’était dangereux. Face aux chasseurs nouveaux modèles, un peu plus de prudence me semblait nécessaire. Les chasseurs margiens réagirent très rapidement. En binôme, ils firent volte face. Ktanm qui écoutait les fréquences ennemies, me dit :
- Ils se sentent en force. Le croiseur signale d’ailleurs que « Tiakakner » n’est pas là. Ah ! Thanmat invite l’autre meute à venir. Vu qu’elle est dans le secteur 22.13, elle devrait pouvoir venir participer à la curée.
Le premier vaisseau commençait son demi-tour. Les deux autres ne donnaient aucun signe de vouloir changer de route.
- Sens-tu l’appel, Ktanm ?
- Quel appel ?
- La présence dans le deuxième vaisseau appelle. J’ai l’impression que nous allons avoir de la visite.
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- D’autres vaisseaux arrivent par les TET 20.42 et 19.12.
- Les meutes sont-elles en danger ?
- Oui, aujourd’hui est notre première vraie bataille. S’en est fini des escarmouches ! As-tu mémorisé tous les TET ?
- Je suis prête, Right.
- Alors dansons-leurs une danse à notre façon.
Ktanm bondit en avant. Sortant de l’abri de l’astéroïde, elle arrivait sur le convoi par tribord dessus. Les gros vaisseaux ouvrirent le feu avec leurs lasers de défense. Ktanm ne prit même pas la peine d’activer les champs de protection. Seuls les accumulateurs étaient prêts à accepter ce surcroît d’énergie. La nouvelle de notre présence courut sur les ondes. Nous étions dans ces minutes qui précèdent la vraie bataille. Bientôt nous serions à portée de tir efficace. Le croiseur hésitait dans sa manœuvre. Manifestement nous étions une cible plus intéressante que la meute de Thanmat car il décida d’orienter sa proue vers nous. Le laser lourd qui l’ornait, pouvait déborder nos défenses.
- C’est dommage pour lui, il va lui manquer quelques secondes pour être en position. Le disrupteur est prêt, Right.
- Alors Feu, Ktanm.
Sur mes yeux écrans, la trame de l’espace tressauta devant nous. Ce fut comme un éclair qui frappa l’image du vaisseau ennemi. Un trou se creusa de la proue à la poupe. Il ne resta qu’une carcasse vide de vie, une espèce de tunnel qui continuait son mouvement sur sa lancée. Sans attendre, nous avions plongé dans un TET. Juste avant l’occultation du tunnel, j’avais remarqué la matérialisation des renforts margiens. Cela faisait beaucoup de monde.
L'adrénaline m'envahit. Une bouffée de chaleur venue du plexus solaire m'irradia. Je sentis une nouvelle force monter en moi. J'entrais dans un état second. Tout m'arrivait mais comme au ralenti. J'avais l'impression d'aller plus vite que la lumière. Je me pris à devancer Ktanm dans ses actions. Le F54b était partout à la fois. Je sautais de TET en TET, changeant au gré des besoins de temps mais pas d'espace. C'est comme si j'étais un maître du temps.
Sur le terrain, une confusion totale régnait. La meute de Thanmat faisait du mieux qu'elle pouvait mais ces nouveaux chasseurs margiens étaient redoutablement efficaces. L'autre meute heureusement arriva. Par contre, il leur fallait compter avec tous les croiseurs lourds qui étaient apparus. Leurs tirs firent des coupes sombres dans les lignes de F55. Seul le disrupteur pouvait en venir à bout. En cours de bataille, je donnais l'ordre à tous les survivants restant de décrocher et de se replier. La moitié avait déjà disparu. Je voulais conserver l'autre. J'utilisais le disrupteur comme une foreuse géante pour trouer les croiseurs lourds. Après les carcasses vides me servaient de tunnel, voire de CET. J'avais ressenti de nouveau ce curieux sentiment en passant dans une coque éventrée. Ma puissance semblait sans limite. En quelques heures pour un observateur, en nettement plus de temps pour moi, la bataille prit fin faute de combattant. Entre les planètes erraient des décombres grands comme des montagnes, mais troués et sans vie. Sur les trois vaisseaux présents au début de l'engagement, seul restait le deuxième. Je m'aperçus que je ne l'avais pas touché, pas eu en ligne de mire, oublié. Ma soif de mort n'était pas éteinte. Je dirigeais Ktanm vers lui.
Une voix se fit entendre:
- Right! Right, tu m'entends? Right, réponds-moi!
- Ktanm, mais que se passe-t-il?
- C'est à toi que je pose la question, tu sembles coupé du monde depuis le début de la bataille. Tu ne réponds à rien, tu vas tellement vite, que je n'ai même pas le temps de diriger le chasseur. C'est comme si un autre agissait pour toi, par toi, un autre plus rapide, plus assoiffé de mort. Tu as inondé mes circuits de ta satisfaction à chaque fois que tu as détruit un ennemi. Jamais tu ne m'avais fait vivre cela!
- Je ne comprends pas, Ktanm! Mais il reste un vaisseau.
- Tu n'as pas eu assez de carnage? Celui-là ne semble même pas armé à part quelques lasers anticollisions comme tous les cargos.
En moi refluait l'exaltation de la bataille, la jouissance de la destruction me laissait maintenant un goût amer. Je regardais le cargo qui filait vers l'entrée du TET 34.56 qui permettait de rejoindre le monde d'Enkafout. Je compris alors que la présence que je sentais à bord, venait des moines d'Enkafout qui étaient à bord. L'abattement me prit. Je ne pouvais les toucher... Mais si je pouvais... Un curieux dilemme intérieur me saisit. Comme si j'étais deux, d'un côté, rempli de fureur destructrice, mais incapable d'affronter la force qui donnait cette présence, de l'autre, un homme fatigué mais insensible à ces moines et à leur monde, pouvant appuyer sur le déclenchement du disrupteur.
- Right, tu ne crois pas que les laisser aller sera plus profitable. Tu t'es battu encore mieux que lors de l'attaque de la lune Alpha. Aujourd'hui, tu tutoyais les dieux.
La lassitude prenait le dessus. La fatigue me remplissait. Détruire le dernier vaisseau n'ajouterait rien à ma gloire ni à la peur que nous pouvions inspirer. Le laisser aller avec tous les enregistrements de la bataille, nous faisait courir le risque qu'ils exploitent les renseignements pour améliorer leurs armes et leurs stratégies.
Mais la fatigue fut la plus forte, il fallait que je dorme.
- Rentre-nous, Ktanm. Je vais dormir.

lundi 7 juin 2010

samedi 5 juin 2010

Chaînes



J'ai appris à ne plus les porter.
J'ai appris à les accrocher
       au sceau des secrets pour aller puiser au profond des vies,
              à l'encre pour en faire des phrases,
                     à la confiance pour en tisser un à venir.

vendredi 4 juin 2010

Parfois il n'y en a pas ...

Il y avait des glycines 
http://oeilderejane.blogspot.com/

jeudi 3 juin 2010

Les bras en croix

Les bras en croix
lourdes de leurs efforts
et fortes de leur misère
                                               elles avancent
Dans l'incessant va et vient
d'une mer dont on espère

                                               elles avancent.
Forte est la vie,
                                               elles avancent

mercredi 2 juin 2010

samedi 29 mai 2010

Cinquième épisode

Sixième scène

J'avais hâte de reprendre les préparatifs de la future campagne. Dans quelques jours nous allions passer à une phase plus offensive. Je commençais à entrevoir les bénéfices qu'on pouvait tirer du disrupteur de Ktanm. Nous arrivions à Arche 12. Je vis avec plaisir tous les F55 alignés sur le tarmac. Etait-ce en notre honneur? Je soignais notre approche et laissais Ktanm faire un superbe atterrissage. Il me restait de ces derniers jours une impression d'étrangeté, comme si tout cela n'était qu'un rêve et un sentiment d'insécurité. Ktanm n'était pas infaillible. Ktanm nous rangea au bout de la ligne de vaisseaux à deux pas de l'entrée de la base. J'actionnais le sas pour sortir mais rien ne se passa. Le voyant clignotant revint à ma mémoire. Je faisais une demande d'aide à la tour quand Ktanm m'expliqua que cela ne servait à rien. La porte du sas était bloquée. Cela ne m'affola pas outre mesure. Nous avions encore quelques jours pour réparer cela. J'attendis patiemment les techniciens. Je profitais de ce temps d'attente pour écouter les rapports des chefs de groupe et de l'état des préparatifs. Les efforts des techniciens faisaient vibrer Ktanm sans résoudre le problème.
- De leader à Chef Tarmac. Qu'est-ce qui se passe?
- Ici le chef Tarmac. La panne est plus conséquente que ce que nous pensions. Votre vaisseau a dû prendre un  sacré coup de chaud pour faire bouger le blindage comme ça!
- Ce qui veut dire?
- Je suis désolé, Leader, mais pour vous sortir de là, il faut démonter presque la moitié du vaisseau. Il y en a au bas mot, pour deux décades.
Je restais sans voix. Nous allions être bloqués pendant au moins une vingtaine de jours alors que nous devions rejoindre la base d'attaque du Double Huit dans quelques jours. Je jugeais cela impossible.
- De leader à Chef Tarmac. Les circuits de gestion de la capsule pilote fonctionnent-ils toujours?
- Les alimentations air-eau-nourriture ainsi que les évacuations sont fonctionnelles. En attendant de vous sortir de là, nous allons les employer pour votre survie.
- Bien reçu, chef Tarmac;
Je passais les quelques heures suivantes à réfléchir sur mon siège. Ktanm restait opérationnelle. Seul mon confort était en jeu. Passer quelques jours à bord ne me faisait pas peur. En mission, cela nous arrivait régulièrement. J'y voyais un signe pour avancer notre départ au lieu de le reculer.
Pesant le pour et le contre, je pris la décision. Nous partirions dès que possible pour l'astéroïde. Contactant les chefs de groupe et le commandant de la base, j'expliquais mes intentions. Des ordres venant directement de l'Empereur me donnaient toute liberté pour organiser ma campagne militaire. J'en profitais pour prévoir un départ dans deux jours puisque tous les pilotes étaient de retour. Il restait un point obscur. Le TET ouvert dans la planète, où conduisait-il? Le disrupteur était une arme encore secrète. Aucune information n'existait sur le RésOrd. Ktanm en savait assez pour en vouloir un. Elle savait son action mais n'en connaissait pas les conséquences. L'apparition de ce TET l'avait autant étonné que moi. C'était le premier dans une planète. Où allait-il? La trame de l'espace-temps avait été bousculée. Si l'entrée du tunnel était la caldera, où était la sortie? Il fallait que je sache si le chemin que j'avais ouvert pouvait se révéler dangereux.
Je demandais à Ktanm son avis :
- Je suis comme toi. Je ne sais pas où il débouche. J'espère que ce n'est pas au coeur du soleil.
- Tu es d'accord pour aller voir.
- Oui, mais si je sens que nous finissons dans une étoile, je dégage avant.
- Mais c'est bien comme cela que je l'entendais, Ktanm. C'est bien comme cela que je l'entendais.
J'avais donné mes ordres mais pas d'explication sur mon décollage. Deux F55 m'avaient escorté. Thanmat était un de ses pilotes prometteur, un simpalais de huitième niveau selon Ktanm. Il était le plus haut niveau des pilotes de la grande Simpalaa des escadrilles sous mes ordres. Il avait pris sur lui de décoller avec son binôme sans me demander l'autorisation. Ktanm m'avait demandé de ne rien dire. Arrivé au-dessus de la caldera, je leur avais intimé l'ordre de tirer sur tout ce qui pouvait sortir du TET  qui n'était pas moi, tout en leur expliquant que je serais de retour au plus dans deux jours.
Je les laissais tourner en rond pendant que je plongeais dans le tunnel. Au premier abord, les sensations étaient les mêmes. Pourtant très vite Ktanm manifesta sa nervosité.
- Il est étrange ce TET, Right. Je n'ai jamais ressenti cela ailleurs.
Je me laissais ressentir comme elle me l’avait appris. Avec les autres TET, on avait l'impression d'être dans un tunnel entouré d'espace et d'autres tunnels. Comme les TET jouaient aussi sur le temps, j'avais des impressions de contractions extensions, contractions des trois dimensions de l'espace permettant de dilater le temps. Ici, je sentais cela mais encore plus étrange, j'avais une impression de pouvoir choisir. Un TET a une entrée et une sortie. C'est ce qui rend nécessaire ce que nous faisions : une carte. La plupart des TET sont courts. Quelques uns vont de système en système et d'autres permettent même de changer de nébuleuse. Il y a des pièges parfois avec des TET qui finissent dans des trous noirs ou au coeur d'une étoile. Avec Ktanm nous avions appris à faire demi-tour ou à sauter dans un autre TET. Ce TET planétaire était étrange. J'eus le sentiment que je pouvais intervenir sur l'arrivée du TET. Une idée fugitive me traversa l'esprit. Ktanm cria :
- Right! Qu'est-ce que tu as fait ? Je dégage!
Nous venions de jaillir dans un système composé d'une étoile simple et de quelques planètes. J'eus à peine le temps de le voir que nous repartions dans le TET d'où nous sortions.
- Qu'est-ce qui se passe?
- Ce système est fou. Les perturbations électromagnétiques y sont majeures. C'est trop dangereux pour moi.
- Qu'est-ce que c'est que ce système? As-tu eu le temps de noter les coordonnées?
- C'est un banal système de huitième catégorie sans intérêt. Il n'y a  même pas d'astroport digne de ce nom.
 Je n'eus pas le temps de poser plus de questions, que nous étions revenus à la caldera.
- De Thanmat à leader, vous êtes déjà de retour?
- De leader à Thanmat, oui mais nous refaisons un essai.
Ktanm réagit immédiatement.
- Je ne retourne pas là-bas, Right! Je n'aime pas du tout.
- Non, Ktanm. Je voudrais vérifier quelque chose. Les coordonnées du système où nous sommes allé, le mettent à quelle distance de Endoor? Plus près ou plus loin que la Terre Un.
- Nettement plus loin, c'est presque l'autre bout de la galaxie.
- Tu ne trouves pas étonnant qu'on ait fait le voyage en moins d'une heure?
- Effectivement Right, mais je  n'y resterai pas plus longtemps que la première fois.
- Pas de problème, Ktanm, c'est juste pour vérifier.
Nous nous alignâmes avec l'entrée du TET. Je ressentis le changement et je pensais à Terre Un, près du secteur du TET que je connaissais pour l'avoir déjà emprunté lors de mon voyage pour aller voir l'Empereur.
A notre sortie Ktanm s'exclama :
- C'est incroyable Right! Qu'est-ce que c'est que ce truc? Un TET ne peut pas finir à deux endroits différents!
- Je crois que ce n'est pas un TET. J'ai l'impression de pouvoir diriger l'arrivée. La première fois j'ai pensé à mon père et nous sommes arrivés dans le système d'Hautmégafine. Là j'ai pensé à Terre Un et nous y sommes parvenus. C'est un Carrefour d'Espace-Temps.
- Je ne ressens rien de tout cela.
- Est-ce que le disrupteur n'en est pas la cause?
- Non, Right. Il y a eu des essais dans le vide, sur des cibles, sur des astéroïdes et sur des  planètes mais jamais il n'y a eu cela. Dans ce CET, puisque tu lui donnes ce nom, j'ai l'impression de toucher aux origines du monde.
- Nous pouvons rentrer Ktanm. Je crois avoir compris.
- Non, Right. Nous allons aller voir l'Empereur.
Ktanm lança les moteurs à fond. Elle lança un code 4. S'en suivit une discussion en langage machine que je ne compris pas. A peine avions-nous approché de Terre Un qu'une escorte de chasseurs impériaux nous encadra  sans que nous ralentissions. L'entrée dans l'atmosphère se fit à la limite de la sécurité. A peine étions-nous posés que l'Empereur s'avança seul. Son visage était grave. Il posa la main sur le vaisseau. Lorsqu’il commença à parler, Ktanm coupa les sources audio et vidéo en me soulignant le caractère privé de la rencontre. Je pestais intérieurement.
Leur discussion fut courte et notre départ brutal.
- Tu pourrais me rebrancher !
- Oh ! Pardon, Right. Je pensais.
- Ça, je m’en doutais ! Tu pourrais m’en dire plus ?
- Ça me regarde, Right. L’Empereur est d’accord avec moi, ce CET est une anomalie et ne vient pas du disrupteur. Je lui ai raconté ce que tu m’avais raconté. Je l’ai senti inquiet de la possible présence d’habitants sur Endoor. Il y a des forces en jeu qu’il préfère ne pas voir. Ses ordres sont clairs : nous allons sur le Double huit avec l’interdiction d’utiliser ce truc tant qu’il n’a pas été exploré.

mercredi 19 mai 2010

Cinquième épisode

Cinquième scène suite

Nous tombions de plus en plus vite. Les instruments semblaient fous. Je voyais la porte s’ouvrir comme pour nous happer. Ktanm semblait hypnotisée par ce rougeoiement vers lequel nous nous précipitions en accélérant, elle gardait le silence. Seul un grésillement dans mes oreilles me signalait que les circuits fonctionnaient toujours. Je m’agitais cherchant à rétablir les contacts, relançant les processus de restauration des systèmes. Je jetais un coup d’œil de temps à autre par mes yeux-écrans sur ce qui nous attendait. Cela m’évoqua le Pandémonium. Cette vision était fascinante et repoussante à la fois. Seul le chrono semblait fonctionner au ralenti. Le chaos s’installait autour de moi. Ktanm se mit à marmonner des mots sans suite :
- Has! Irimiru Karabrao!
Cela m’évoquait un souvenir, mais pas moyen de retrouver lequel. La chaleur montait autour de nous. Dans quelques secondes nous allions nous écraser. Je ne pouvais m’abandonner. Devant l’échec de tous mes essais, je déclenchais manuellement les mécanismes de  secours. Les champs de force se déployèrent lentement alors que nous allions toucher la surface. L'impact fut prodigieux. Je fus heureusement protégé par le champ de confinement interne antiG qui s'était activé le premier. Je ne savais pas si toute la structure avait résisté. La température à la surface du F54b monta à plus de mille degrés. Puis le champ externe prit vigueur et repoussa la lave à distance tout en absorbant l'excès d'énergie. Sans avoir la puissance d'un impact laser, la lave transmettait un flux énergétique important qui emplissait les accumulateurs du vaisseau. Emporté par notre élan, nous nous étions enfoncés dans le lac de lave. Sur mes yeux écrans, tout était blanc. Saturées de photons infrarouges, les caméras ne voyaient rien.
- Ktanm, fais quelque chose, on va y rester!
- Has ! Has ! Has !
Ce n’était pas possible. Elle semblait complètement à côté de la réalité. Retrouvant les réflexes de pilote que je n'utilisais plus car Ktanm savait être plus efficace, je laissais courir mes ordres dans les circuits. Sur mes yeux écrans une ombre gigantesque passa, nous bousculant. Les gyroscopes s'affolèrent. Le vaisseau faisait des cabrioles dans les remous de lave. Les évènements récents me revinrent en mémoire. J'avais passé la porte. J'étais face au dieu antique et infernal. Je commençais à comprendre ce qu'avaient voulu dire les Vrais Vivants. Je ne savais pas qui ils pouvaient être, mais pour moi, ils avaient personnalisé les forces de la planète sous ce nom de dieu. Dans ce que j'avais lu sur Endoor, le RésOrd parlait d'éruptions cataclysmiques anciennes. Je préférais penser être dedans que face à un dieu dont je en savais rien. Protégé par ses champs de force, le F54b résistait. Je ne savais plus ni où était le haut, ni le bas ni rien pour m'orienter. Sur les différents capteurs, des ombres passaient, nous entraînant dans des mouvements erratiques. Mon intelligence me soufflait que ces ombres étaient le fait des zones moins chaudes et des courants de convexion dans la lave. Mon imagination y voyait des mains, des silhouettes gigantesques jouant avec le chasseur. Je n’allais pas mourir immédiatement. Je fis le point de la situation. Ktanm délirait et chantait.
- Tradioun Marexil fir trudinxé burrudixé!
   Fory my dinkorlitz.
   O mérikariu! O mévixé! Méri kariba!
Cet air chanté m’évoquait un opéra sombre et beau que j’avais déjà entendu. Ne répondant à aucune de mes questions, je compris qu’elle ne m'aiderait pas. Je lançais les contrôles de démarrage. Cette réinitialisation sembla les remettre en marche. Je vis les différents systèmes répondre les uns derrière les autres, même les moteurs répondirent. Si j'avais voulu, j'aurais pu les allumer, mais pour aller vers où? Il fallait que je m'oriente.
- Trudinxé caraibo.
   Fir omévixé merondor.
   Mit aysko, merondor, mit aysko!
Ktanm délirait, j'étais sûr du  lien avec ces mouvements que je sentais autour de nous. J'utilisais ce qu'elle m'avait appris sur les forces de l'espace. Nettement moins clairement, je sentis la puissance à l'œuvre autour de moi. Un œil sur les jauges des accumulateurs qui se remplissaient malgré les champs de protection poussés au maximum, je laissais le reste de mon esprit prendre la mesure de ce qui l'entourait. J'eus peur!
Je venais de palper des forces immenses comme je n'en avais jamais senties. L'espace était un lieu où les énergies étaient puissantes mais plus diffuses. Ici tout semblait vouloir me submerger. Je recommençais mon exploration. Je n'avais pas le choix. Si je ne pouvais pas remettre les moteurs en marche, la saturation des accumulateurs nous détruirait.
Me vint à l'esprit : Aseoariu, fils de Celui qui vient. Prononcer ces mots me fut apaisant. Il y avait là dedans aussi une force que je ne connaissais pas non plus. Force contre force et moi au milieu, fut l'idée qui occupa mon conscient.
- Oh!
   Diff! Diff! merondor, merondor aysko!
Ktanm faisait chorus avec la force extérieure. Je répétais :
- Aseoariu, fils de Celui qui vient !
Le disrupteur ! Voilà la solution ! Je mis en route manuellement le module de tir. En détruisant tout devant moi, je pourrais me repérer. Nous continuions à virevolter dans tous les sens. Sans le champ de confinement interne, je n'aurais rien pu faire. Il rendait mes gestes lents mais je pouvais agir. J'activais la deuxième étape du disrupteur. Pendant que se déroulaient les protocoles de mises en route, je laissais de nouveau mon esprit toucher les forces extérieures. Je reçus une bouffée de jubilation malsaine qui fut cachée par un chaos de sentiments. Qu'est-ce que cela voulait dire?
Je continuais à étendre mes perceptions. Plus loin, plus ténu, je ressentis de la tristesse arrivant comme des vagues sur le bord d'une plage. Je fus déstabilisé. Je n’arrivais pas à donner du sens à ce qui se passait. Un affrontement se déroulait. Les Vrais Vivants avaient raison. J’étais le jouet, l’enjeu et la clé de ce qu'il se passait.
La sonnerie d'alerte des accumulateurs me ramena au réel. Ils allaient dépasser leur capacité. Le danger qu'ils explosent devenait trop important. Je n'avais que le temps de finir la mise en route du disrupteur. Je lançais la séquence de pré-tir. J’étais impatient de l’utiliser. J’avais vu son action. J’allais renvoyer au chaos primordial toute cette lave qui m’entourait et ce qui l’habitait. Une exaltation monta en moi. Encore quelques secondes et je déchirerais l’espace-temps, annihilant tout devant moi…Tout ? Une impression plus qu’une image se forma dans mon esprit. Annihiler l’espace, je le comprenais, mais le temps… Il allait se déchirer. Qu’allait-il advenir ?
Les lampes d’alerte clignotaient en rouge maintenant. Dans quelques secondes, le disrupteur serait prêt. Ktanm psalmodiait toujours ces mots que je ne comprenais pas mais dont les accents me faisaient frissonner d’exaltation. Si elle avait eu les commandes de mises à feu à sa disposition, elle aurait déjà utilisé le disrupteur. Je fis les exercices de relaxation que mon père m’avait appris quand plus jeune, je n’arrivais pas à maîtriser ma colère. Les vagues de tristesse m’envahirent alors. La sonnerie d’alerte me ramena une fois de plus au réel. Sa tonalité atteignait des sommets. J’avançais la main vers la gâchette. Il fallait libérer de l’énergie ou mourir. Entre exaltation et tristesse, j’appuyais fermement en fermant les yeux.
Je ne sus jamais ce que j’avais réellement fait. Erreur ou force de l’habitude ? Je sentis le chasseur se stabiliser et partir en arrière, poussé par le recul des lasers. Je n’avais pas appuyé sur la gâchette du disrupteur mais sur celle des lasers. Je compris immédiatement le bénéfice que je pouvais retirer de ce mouvement de recul. Je cessais d’être le jouet des forces aléatoires qui semblaient régner dans ce lac de lave pour redevenir gouvernant. J’avais des réserves d’énergie. Je recommençais à tirer. Mes instruments de vol se stabilisèrent. Mon indicateur de gravité retrouva son fonctionnement habituel. Je savais maintenant où était le plus gros de la masse autour de moi. Le ciel devait être à l’opposé. Jouant sur la puissance respective des deux lasers, je fis tourner le F54b pour qu’il ait le maximum de poussée vers ce que je pensais être la sortie. En ce faisant, je m’enfonçais plus profondément dans la lave, chaque impact de laser me faisant reculer. Sur mes yeux-écrans, je vis à nouveau cette ombre gigantesque non loin de moi. Le chasseur courait sur son erre en marche arrière. J’avais enclenché le démarrage des moteurs. Je n’avais plus qu’à attendre. J’ouvris mon esprit aux sensations extérieures. Un immense sentiment de satisfaction m’entourait, m’accueillait… Non, accueillait la force que représentaient le chasseur et celle qui l’habitait. Je sentais une volonté à l’œuvre désireuse d’exploiter la puissance disrupteur. Ktanm était prisonnière d’elle. Ses ombres mains s’ouvraient pour nous. J’étais encore en contact avec elle quand les moteurs se lancèrent. Pendant quelques instants, le chasseur s’immobilisa. Puis doucement d’abord et de plus en plus vite, il accéléra. Autour de moi, ce fut l’étonnement, puis la contrariété qui fit place à la colère. Je vis sur mes yeux-écrans le noir du ciel devant moi. Je poussais la puissance au maximum. Sur mes écrans arrière, je vis comme de gigantesques mains de lave qui tentèrent de me retenir. Je fis un Immelmann impeccable. Quand je fus face au lac de lave, j’actionnais mes armes. Le disrupteur hurla. Je fis un rétablissement pour m’éloigner de la zone. Mon tir creusa un trou plus noir que la mort dans la lave. Le contact avec la volonté que je sentais à l’œuvre disparut brutalement. Les vagues de tristesse firent place à un sentiment de soulagement. Dans la caldera au lieu du lac de lave s’ouvrait un TET. Le disrupteur bousculait tellement la trame de l’espace temps qu’il avait ouvert un TET dans une planète.
- Right, je ne peux rien ! Right, on va s’écraser…
- C’est fini Ktanm ! C’est fini.
Je remis le cap sur Arche 12. Ktanm insista pour que je lui raconte ce qui venait d’arriver. Je le fis honnêtement en oubliant simplement de mentionner ses paroles. Le F54b semblait parfaitement fonctionner, seul un petit clignotant jaune signalait une anomalie dans le couloir d’accès au poste de pilotage. Mais ça pouvait attendre.

dimanche 16 mai 2010

Cheminement

Petite est ma taille
Grande est la plage
Fort est mon désir

jeudi 13 mai 2010

Cinquième épisode


 


Quand Ktanm atterrit, je compris qu'elle était changée. Un renflement nouveau ornait la proue du F54b. Je m'approchais d'elle en lorgnant sur ce subit embonpoint. J'avais remis mon casque de pilotage pour pouvoir parler directement avec elle. Je m'installais à ses commandes et laissais les sensations m'envahir. Ktanm ne dit rien me laissant découvrir.
- Un disrupteur! Tu as un disrupteur!
- Bien vu Right! Tu vois que cela valait les dix jours d'absence. Mais toi que s'est-il passé ?
Je lui racontais et mon rêve et mon excursion hors dimension. Ktanm resta un moment silencieuse avant de me répondre. Elle ne voyait pas ce que cela pouvait être. Elle ressentait mon angoisse au travers du couplage qui nous liait. Elle qui vivait la transmutation dans son être, n'avait jamais entendu parler de ces entités vivant de forces. Les analyses de l'air ne montraient aucun alcaloïde. Je n'avais à priori pas été intoxiqué par des plantes. Elle n'avait pas d'autre explication. Elle n'insista pas trop sur le sujet préférant revenir sur ce qui lui était arrivé. Elle savait par différents indices qu'un disrupteur miniaturisé était en cours d'expérimentation. Elle le voulait. Elle ne doutait pas de la possibilité de convaincre l'Empereur de lui en affecter un.
- Il me doit bien ça.
Je ne l'interrogeais pas plus sachant qu'elle ne me répondrait que si cela l'arrangeait. J'enregistrais le fait quelque part dans ma mémoire. Il expliquait bien des choses. Tout en conversant avec elle, j'avais commencé à replier mes affaires. J'eus rapidement fini? C'est avec plaisir que je rangeais tout le matériel dans les soutes.
- On va voir si ta prise de poids ne t'empêche pas de bouger!
Ktanm émit ce qui était un rire et décolla dans un rugissement de moteur. Les premières étoiles apparaissaient dans le ciel.
Sur mon écran arrière, je vis la tache de roche fondue s'éloigner.
Nous passâmes des heures merveilleuses à tester les nouveaux équipements de Ktanm. Seul le disrupteur échappa aux essais. L'utiliser dans les systèmes d'Endoor était trop risqué.
De toute la poussée de ses moteurs boostés, Ktanm revint vers Arche12. J’étais grisé par le plaisir. Rien ne semblait pourvoir nous arrêter. Sa vitesse était très supérieure aux normes de sécurité quand nous arrivâmes dans la haute atmosphère.
- Regarde, Right !
Le ciel s’embrasa autour de nous pendant que les boucliers encaissaient la vague de chaleur. Je jouais à mon tour, étalant au maximum les champs de protection. La décélération fut intense. Sans les protections antiG, j’aurais été laminé. Nous avions abordé la planète par son côté obscur. Dans quelques secondes le soleil allait nous frapper de ses rayons. Nous ferions encore un tour en orbite basse avant de plonger sur Arche12. Je riais de bonheur. Quel vol superbe ! Je branchais les contrôleurs vidéo. J’allais éteindre la caméra arrière pour jouir du lever de soleil quand un détail attira mon œil.
- Ktanm ! La porte !
La lumière solaire éclata sur l’horizon.
- De quoi parles-tu, Right ?
- La porte, j’ai vu la porte de mon cauchemar !
- Je t'affiche les images ...
Aussitôt les enregistrements s'affichèrent sur mes yeux-écrans. Je remontais le temps image par image. Je bloquais le défilement sur une des vues.
- Regarde, Ktanm
- Où ça?
- Tu vois la forme rouge à la limite de l'horizon?
- Au nord?
- Oui, c'est ça.
Je zoomais sur la zone en question, mais la résolution insuffisante ne permit pas de voir plus de détails.
- Je me programme pour passer à la verticale. Cette zone est complètement hors des couloirs de vol et vu la couche nuageuse, on ne va peut-être pas voir grand chose. 
Ktanm se programma pour passer à la verticale de la zone.
- Contact dans douze minutes. Raconte-moi ton histoire avec tous les détails, Right. Il faut qu’on en sache plus.
Je repris mon récit. Insistant sur l’étrangeté mais aussi sur le sentiment de réalité, j’essayais de ne rien oublier. Ktanm fit appel au RésOrd. Avec les données qu’on lui donnait, il répondit qu’il devait s’agir d’une légende locale. La réponse du RésOrd me déçut. La certitude de mon ressenti me faisait douter de la réponse. Le temps passa rapidement avec la discussion. Nous approchions.
Nous survolions une zone montagneuse. Les pics succédaient aux pics. Ktanm louvoyait entre les sommets culminant à près de douze mille mètres. Leurs sommets étaient nus montrant des roches noires déchiquetées. La neige débutait plus bas. Se basant sur les relevés des satellites, Ktanm se dirigeait vers la zone.
- Contact dans soixante secondes. Je te branche les caméras infrarouges.
Ktanm remontait une vallée encaissée se terminant par un col à huit mille mètres. La zone n’avait pas été explorée car jugée sans intérêt économique et trop coûteuse à coloniser. Ktanm lutta avec les vents violents de la région mais s’encadra au beau milieu du passage du col. Le spectacle qui s’offrit à nous fut à couper le souffle. Une vaste caldera s’étendait devant nos yeux-écrans. Tout y était rouge. La chaleur avait fait fondre la neige qui aurait pu apparaître en bleu. Seuls les lèvres de l’excavation s’ourlaient du bleu signe de froid. L’objectif n’arrivait pas à embraser en un seul angle toute la zone. Ktanm se mit à tourner en rond pour survoler toute l’anomalie qui affolait ses instruments.
- Je ne sais pas ce qui est là-dessous, Right, mais je n’aime pas du tout.
- Attends un peu, je règle les caméras. On fait un plan et on dégage.
Je jouais avec les curseurs de sensibilité pour caler la sensibilité des capteurs à la situation. Négligeant les valeurs froides, j’étalais les valeurs du spectre vers les hautes températures. Sous mes yeux horrifiés, le dessin qui apparut fut celui  de la porte de mon cauchemar. J’étais fasciné. Un détail attira mon attention. Au milieu de la caldera, un trait chaud apparut.
- Ktanm, la porte s’ouvre ! On dégage.
Je sentis les ordres de Ktanm pour que les moteurs donnent toute leur puissance. Les relais de puissance claquèrent. Le rugissement habituel se fit entendre. C’est alors que la lumière de la porte nous toucha. Tout cala. Sur mes yeux-écrans, je vis la chute s’amorcer.
- Right, je ne peux rien ! Right, on va s’écraser…

lundi 10 mai 2010

vendredi 7 mai 2010

Cinquième épisode

Quatrième scène, deuxième partie 


Je ne ressentais pas de crainte. Il avançait rapidement. Une place s'ouvrit devant nous. Un groupe d'êtres semblables à mon guide se tenait là. Je m'arrêtais. Celui qui m'avait amené là, rejoignit le groupe. Il se mit à parler :
- Aseoariu frapnetoq.
- Je ne vous comprends pas.
S'avançant vers moi, le plus grand des êtres mit deux doigts sur mon front. Une chaleur envahit mon crâne.
- Aseoariu entend la parole.
Se retournant vers les autres, il ajouta :
- Maintenant il nous comprend.
- Qui êtes-vous ?
- Nous sommes les habitants de ce système solaire.
- Mais nos sondes n’ont rien montré.
- Aseoariu et les siens ne savent pas chercher. Ils s’arrêtent à la surface des vérités. Nous habitons une autre dimension que celle qu’ils connaissent.
- Pourquoi m’avez-vous fait venir ?
- Aseoariu et les siens ont fait venir le feu brutal qui brise la matière et ses dimensions. La brèche est ouverte et l’antique Dieu veut revenir.
- Nous n’y sommes pour rien. Ce sont nos ennemis qui ont bombardé…
- Ennemis-amis, Aseoariu est comme les siens. Il fait des distinctions subtiles pour ne pas voir sa responsabilité. Aseoariu et les siens ne savent pas ce qu’ils font. Pour eux le feu brutal est sans conséquence. La planète a été bouleversée dans sa vie profonde et l’antique Dieu infernal va surgir.
- Mais qu’est ce que je peux y faire ?
- Aseoariu a été choisi car il entend ce que les siens n’entendent pas.  Aseoariu va  venir en aide au peuple des Vrais Vivants.
- Et pourquoi ferais-je cela ?
- Pour ne pas mourir selon la vérité du rêve.
- C’est vous qui m’avez envoyé ce cauchemar ???
- Aseoariu doit savoir ce qui l’attend si ce qui est nécessaire n’est pas fait.
- Mais qu’est ce qui est nécessaire ?
- Contenir le dieu antique et infernal.
J’avais l’impression de tourner en rond. Leurs paroles me posaient plus de questions qu’elles ne m’amenaient de réponses. Où étais-je ? Qui étaient-ils ? Ils ne pouvaient pas être les habitants de la planète, nos sondes les auraient découverts. Un piège ! J’étais sûrement tombé dans un piège. Ma curiosité m’avait entraîné là où il ne fallait pas. Maintenant comment m’en sortir.
- Aseoariu craint un piège mais il a tort. Les Vrais Vivants ont besoin de Aseoariu. Lui seul sauver le monde des Vrais Vivants.
- Expliquez-vous !
- Aseoariu ne voit que la surface des choses. Nous les vrais Vivants nous sommes les forces qui sont. Depuis des temps et des temps nous cultivons et nous nous nourrissons des forces qui tendent et sous-tendent le monde que Aseoariu et les siens croient seul et unique.
- Alors qu’attendez-vous de moi ?
- Aseoariu est de la lignée de Celui qui vient. Il peut contenir le dieu antique.
Je commençais à m’énerver. Ma colère explosa quand ils me répétèrent avec d’autres mots ce qu’ils m’avaient déjà dit. Le monde lumineux et coloré autour de nous sembla s’éteindre. Les couleurs s’assombrirent. Des éclairs rouge sombre zébrèrent le ciel. A chaque extrémité du groupe, une entité tomba à genoux et se mit à psalmodier, les bras étendus. Celle qui était au centre reprit la parole. Elle m’expliqua sur une voix monocorde presque hypnotique, les règles de leurs mondes. Pour que je puisse entrer en contact avec eux, ils avaient mis en œuvre beaucoup d’énergie. Un humain ne pouvait pas normalement se promener dans ce monde qui n’existait pas pour lui. J’étais une exception. Les bombardements avec des armes à fission avaient déstabilisé la planète. Les forces souterraines qui avaient mis des millénaires à se stabiliser et que normalement ils contrôlaient, avaient repris leurs affrontements. Dans leur représentation du monde, ces forces étaient celles du dieu antique et infernal. Leurs pouvoirs étaient insuffisants pour les contenir. Seul moi les avais. Mes interrogations sur le comment restèrent sans réponse.
Sur un geste spiralé de l'entité centrale, le décor changea. Une vaste porte de pierre fumait. Derrière se tenait le dieu antique et infernal. Par les interstices et au niveau de ce qui pouvait servir de pivot, un rougeoiement de mauvais augure témoignait de la présence des forces incontrôlées.
- Vois Aseoariu ! Vois ! Si cette porte s'ouvre, et le monde d'Aseoariu et le nôtre souffriront. Le monde d'Aseoariu survivra mais Aseoariu subira ce que le rêve a révélé.
Je fermais les yeux en hurlant :
- NON !!!!
Quand je les rouvris, j'étais devant mon campement, le soleil à l'horizon, éclairait de rouge sang le paysage alentour. Délaissant les méandres des roches, je courus à mon abri. Je n'avais qu'une idée en tête : détruire ces malfaisants avant qu'ils ne perturbent le monde en répandant leurs cauchemars. Je sautais sur mon armement. Dans le crépitement de mes armes, je déchargeais mon angoisse en vitrifiant le sol devant  moi.
Je m'arrêtais haletant. La chaleur de la terre en fusion était forte et m'incommodait. Je ne voulais ni faire ce qu'ils m'avaient demandé, ni vivre ce que le cauchemar m'évoquait. Pourtant je n'arrivais pas à ôter de mon esprit le ressenti du mauvais rêve. Il était trop dans le domaine du possible. Je passais le reste de la journée dans un état de confusion tel que je n'en avais jamais connu. Le soir tombait quand j'allais sur le RésOrd. Ktanm m'avait répondu et m'annonçait son retour avec de l'avance. Je découvris qu'elle m'avait écrit plusieurs fois. Je vérifiais les dates. J'avais changé de dimension pendant trois jours pleins pour revenir au début du huitième jour de la décade. Demain Ktanm serait là. Je rêvais de reprendre notre vie d'avant tout en sachant que cela ne serait plus possible. Elle m'avait caché trop de choses. Quant à moi, ce que j'avais vécu me fragilisait.

jeudi 6 mai 2010

Grand petit

Où est le grand?
Qui est petit?

dimanche 2 mai 2010

Chant de pierre

De chant en contre chant vers la lumière